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l'attention
soumis par m le 8 sept. 2010 à 11h37« La chose est la trace de son propre passage du monde sans fond où elle naît au fond sans monde où elle disparaît : l'attention qu'on lui porte, comme à tout signe qui nous appelle, à toute trace qui nous attire, est le croisement d'une rétention et d'une protention qui portent respectivement sur la source et la fin de son apparition, sur sa naissance et son évanescence à partir ou en direction de l'Indifférencié, qu'il s'appelle vide ou bien hulè, flux sans fond ni fin où tout surgit et disparaît1. »
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c'est noir
ce n'est plus
noir : feu
- 1. Pierre Ouellet, Outland, Montréal : Liber, 2007, p. 228.
miroir : quelques notes sur Andreï Tarkovski
soumis par m le 4 sept. 2010 à 10h50j'ai réécouté hier soir Stalker d'Andreï Tarkovski. c'est par ce film que j'ai découvert Tarkovski il y a quelques années, c'est le premier que j'ai vu de lui. ses films ne ressemblent à rien d'autre — on les écoute comme on écoute une prière. ses films sont ce qu'il y a de plus éloigné du montage épileptique d'Hollywood, mais ce n'est pas vraiment cet antagonisme qui m'en rapproche. les films de Tarkovski sont portés par une relation d'attention extrêmement forte — de la part du cinéaste, oui, mais ils doivent l'être de la part de celui qui y entre aussi. c'est un respect qui a quelque chose d'effrayant :
« Quant tout n’est pas dit, on peut réfléchir et deviner encore par soi-même. Les conclusions ne doivent pas être livrées toutes faites au spectateur, sans qu’il ait un effort à fournir. D’ailleurs, il n’y tient pas. Et comment pourraient-elles le toucher, s’il ne partage pas avec l’auteur la joie et la souffrance de la naissance de l’image ? Cette approche de la création présente un autre avantage. Le chemin que l’auteur fait ici emprunter au spectateur (en le faisant aller au-delà de ce qui est montré) est le seul qui le mette sur un pied d’égalité avec lui1. »
tout se comprend dans cette déliaison subtile de ce qui est là, de ce qui est juste là, tout proche et qui ne demande qu'un peu d'attention pour s'ouvrir.
- 1. Andreï Tarkovski, Le temps scellé, Paris : Petite blibliothèque des Cahiers du cinéma, 2004 [1989], p. 27.
« mourir apprend à parler (pourtant) »
soumis par m le 3 sept. 2010 à 16h55« ou que je parle alors. je ne le arrive pas. je ne arrive pas de parler plus jamais. ou, tout à fait, que de plus en plus calamiteusement. chaque jour moins bien. je ne peux que écrire, mais accidentément. mais écrire ne est pas parler (encore) quant à moi maintenant. la chose de écrire ne consiste pas la parole qui doit promouvoir la fin de l'écriture avec la logique souveraine au juste. le écrire ne parle pas encore (avec moi). parler est béer. mais (que) écrire bâtit, écrire érige de reviabiliser les sols meubles trop, les sols nocifs par la coulée des mortiers, de les bétons de le langage si le besoin envers cela, en levant les charpantes, les attirails généraux des équipements des poids du rapport. or ici, toute seule, balourde inimaginablement, incongrue, inutile quand elle ne est pas parasite, la parole éveillée, alterée (il faut cependant) de quelle peine, ici pire que ailleurs peut-être, foire. dedans le soleil, dans la lumière potelée qui bonjourne une à une chaque couleur de la parole que je invoque, de la parole rayonnante qui dore aussi, de la diction qui se dérobe, je me assombris autour des yeux davantage — des moments du flou, de la ombre, la lecture malaisée, puis depuis le voile je ne vois plus de la face de ma place la face, le visage véritable de mla mère, qui me prie : "parle", "parle-moi" : qui m'attend, ce soir, ici même, entre la mer goûteuse pourtant acérée de le effondrement graduel de la parole la mienne à moins que scriptée lors (aussi, comme effondrée) »
le sens de la nuit (des choses simples)
soumis par m le 31 août 2010 à 14h03c'est la nuit qui tranche (où est-on ? dans cette ville, dans cette forêt, au coeur d'un vieil océan — c'est la nuit qui tranche). c'est fou, en pleine nuit : le ciel, il y a des centaines d'étoiles, des arbres, une forêt noire et pleine, des cris d'animaux; la présence incertaine. en forêt à peine un mètre au devant l'oeil s'étire, recule. il faut attendre le coeur : ce n'est qu'en pleine nuit, vers deux ou trois heures du matin, que la lune se tient assez haut pour guider les pas. sinon, la forêt demeure noire.
je suis allé dormir quelques jours dans les bois. j'ai fait du feu, du feu pour me nourrir, du feu pour voir enfin. je comprends mieux, maintenant. j'ai attendu trop longtemps pour le faire (ô vie de pauvre), mais je l'ai fait. la nuit, là, en pleine forêt, et le vieil océan (salut, etc.) juste là aussi. c'est fou : la nuit tranche, car où se termine le jour ? je suis revenu en ville hier, Montréal n'avait pas bougé, ou presque. j'avais oublié un vieux fond de café sur mon bureau avant le départ, il n'a pas bougé non plus.
comment aurais-je pu dire quelque chose du feu sans l'ouvrir et le traverser ? la rougeur violente de la braise (un volcan au bout des doigts), la chaleur (attention), la fumée; le bruit du bois, le bruit du bois qui brûle, le bruit de la matière qui se consume : on oublie à quel point cela est étrange, essentiel.
traces de lecture (du sens)
soumis par m le 14 août 2010 à 11h51quand je lis je fais des traits dans les livres, je laisse des traces, des marques qui sont comme des portes, des portes d'entrée ou de sortie. quand je reviens à un livre, à un livre ou l'autre, je commence toujours par refaire le trajet circonscrit la première fois. je relie les points ; je relis.
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hier en soirée ouvert La route de McCarthy, et laissé, comme souvent, une ligne là, dans la marge de ce segment :
« Au matin ils sortirent du ravin et repartirent sur la route. Il avait taillé pour le petit une flûte dans une tige de jonc qu'il avait trouvée au bord de la route et il la sortit de sa veste et la lui tendit. Le petit la prit sans mot dire. Au bout d'un moment il ralentit le pas et resta en arrière et au bout d'un moment l'homme l'entendit qui jouait. Une musique informe pour les temps à venir. Ou peut-être l'ultime musique terrestre tirée des cendres des ruines. L'homme s'était retourné et le regardait. Perdu dans sa concentration. Triste et solitaire enfant-fée annonçant l'arrivée d'un spectacle ambulant dans un bourg ou un village sans savoir que les acteurs ont tous été enlevés par des loups1. »
pourquoi ?
- 1. Cormac McCarthy, La route, Paris : Seuil, coll. « Points », 2008 [2006], p. 73-74.
le chemin du poème
soumis par m le 11 août 2010 à 9h08je ne connais pas beaucoup Ariane Dreyfus. le texte d'Antoine Emaz à propos de son livre La terre voudrait recommencer (sur Poezibao) avait il y a peu attiré mon attention ; hier matin je tombe sur un lien, relayé par Christine Genin sur Twitter.
c'est l'histoire d'un poème : ici pour fichier .RTF du texte complet, ou ici pour l'extrait sur Poezibao.
c'est beau d'ouvrir à ce point le chantier, parce que le chemin est important : au-delà du partage du poème, de sa lecture par d'autres, qui en feront autre chose, il y a l'expérience du poème par celui qui est alors le poète. parce que le poème est une étrange limite de vie (devant, dedans, avec et contre), une ligne de rêve qui ne laisse personne indemne.
lisez le texte d'Ariane Dreyfus, c'est une magnifique aventure de poème, une aventure toute simple et pourtant. rarement les poètes racontent la genèse d'un poème de manière aussi détaillée et précise ; il faut en profiter.
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et,
analphabet
soumis par m le 4 août 2010 à 11h31je ne sais plus. je perds de la langue de mots à mesure que ma fascination grandit devant le livre de Reynard. un autre passage bouleversant lu hier, ce matin :
« le choix du matériau, la élection des années, des gravats. tout était la mer, tout va redémourir à la mer. cependant il dépend de la bactérie de le langage que, ou non (sinon), ou rien — mais tout de même, il dépend du verbe qui me dévoie en amalgamant le monde que dessus le retour préapposté, contractuel, une (la) chose, de-la-chose également, où même que quoique que cela consiste outre de une production (ou de une productivité) quelquconque, ce qui signifie à la perte par conséquent, ne dépend (en-tant-que-chose) que de la féerie de les marées encore, il dépend du livre (de la bière) que je enfonce, que je encastre dedans la sérosité de mes miasmes réunis si juvénile néanmoins, si espiègle le long de son bleu-jeune à le débotté, si pure, dépourvue-si de la raison irréprochablement, un coin, une langue de la terre ou les arcs-boutants de un geste de les mots terreux, les boueux qui y délimite l'emplacement approximatif du locataire : muré, noyé du vivant de la mort même (elle consiste la sienne), mais selon le cours de la extraction alors déjà, si peu engoncé jusque la crinière à même le labyrinthe de la langue la plus métonymique des déambulations quotidiennes entre la hauteur de le homme-à-les-choses-à-son-nom sans le mérite, soit qui ne éloque (qui ne est) une matière autre que le cubage livresque-ci dans la perte de l'indulgence, le échafaudage hétéroclite des mots de tous les tacts, de toutes les masses, de nul "temps" (lequel ne doublure que une étendue toujours), l'avatar extrême prévisible, au compte de l'acteur, de la maintenance du principe illustre de la réalité neurasthénique1 »
- 1. Jean-Michel Reynard, L'Eau des fleurs, p. 183-184.
Soleils suspendus (rira bien qui rira le dernier)
soumis par m le 30 juill. 2010 à 12h13je fréquente le cabanon de M. Gregor depuis quelques années déjà, c'est donc avec joie qu'un jour d'avril j'eus la surprise de voir chez lui apparaître cette image, ce livre :

ça s'appelle Soleils suspendus, c'est signé François Rioux et publié chez Le Quartanier. c'est un livre plein d'ombres, un livre magnifique et un livre drôle. c'est un livre de poèmes pourtant, car M. Gregor est un poète. un livre de poèmes passés date, un livre plein de mesure et de rien, de neige puis d'été, un livre de poèmes qui répondent à toutes vos questions. c'est plein de livres, car M. Gregor est un comique très doué :
« Sur l'emballage plastique des lèvres
on lit des poèmes périmés
ils parlent de purs sentiments
ils parlent du temps libre
ils parlent de chimères et de tondeuses
ils parlent très précisément de la folie
la plus banale du monde1. »
- 1. François Rioux, Soleils suspendus, Montréal : Le Quartanier, 2010, p. 17.
Jean-Michel Reynard, la fin du texte
soumis par m le 29 juill. 2010 à 9h38mon enquête sur Jean-Michel Reynard se poursuit, et je lis ce matin des bribes lumineuses de sa correspondance où il est question de son travail sur L'Eau des fleurs — dont j'ai parlé ici et ici —, plus précisément de la fin de son travail et l'angoisse, l'angoisse ou le contraire de l'angoisse :
« Le chantier qui m'absorbe [L'Eau des fleurs] depuis des années touche à son terme, me semble-t-il. Du coup, la redoutable question de savoir quoi faire du texte achevé, remise, repoussée, biaisée cent fois, va bientôt se poser. Pour le reste, je vis à peu près un monologue quotidien calme, sans espoir avec moi-même, précieux à ce double titre, et j'y refais mois après mois l'expérience toujours renouvelée de l'incongruité d'être un individu semblable, sans doute, plus qu'il n'y paraît, à ceux que je croise en allant au marché ou en prenant le métro. L'effort, la discipline de la pensée, sinon ses prouesses profitent de cette raréfaction du coefficient d'humanité ambiante1. »
- 1. Lettre à François Zénone, cité dans François Zénone, « Jean-Michel reynard, 19 rue Bobillot », in Jean-Michel Reynard : une parole ensauvagée.
Michel Surya, le possible/impossible
soumis par m le 27 juill. 2010 à 9h17il y a une dizaine de jours, Alain Veinstein s'est entretenu pendant une demi-heure avec Michel Surya pour l'émission Du jour au lendemain (France Culture) ; autour de ses derniers livres (L'impasse, Excepté le possible, un collectif qui lui est consacré, etc.) et de certaines questions qui lui sont chères (la pensée, l'événement de pensée, la honte, la littérature, la philosophie).
je vous en recommande l'écoute, c'est par là : écouter.
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par chez nous, quelques mots sur l'un des récits de Surya, L'impasse...

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