un adieu qui n'en finit pas
« les mains s’échappent
par le moindre geste : les coups et les
caresses. Quittent les corps
paumes devant, poings en
premiers, doigts re-
pliés ou bien tendus comme des
promesses. Tu donnes
ton corps dans ces mains-là : une gifle ou un
câlin, l’ombre qu’on porte
sur son visage ou sa poitrine
comme le portrait de qui passe au loin
et laisse derrière
le négatif de son empreinte
dans l’air, l’espace, le temps. Un sou-
venir cru : les doigts coupés
de tout ce qu’ils touchent, la main donnée
au premier venu mais à trancher
par le menu, le bras tordu
par un dernier geste
tenté devant soi au moment venu
de se retourner… comme dans sa tombe
déjà, où quelqu’un d’autre s’est allongé
dans le dos qu’on fait
à tout comme à un mur
en chair, en os : le seul au monde
qui nous prenne pour ombre et ne nous
lâche plus, une main au bout
d’un bras, d’un acte
désespéré, d’un geste
d’adieu qui n’en finit pas1 »
- 1. Pierre Ouellet, Dépositions, Montréal : Éditions du Noroît, 2007, p. 43.

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