écritures

de l'écriture, etc.

derniers fragments

  • un visage là est (choses tombées, 1)

    un visage là est un visage qui est le mien est là visage que je ne verrai jamais reste là derrière moi visage mien noir toucher ne pas paisible porcelaine visage dormeur que terrible guette grimace obscure arraché à nuit poil peau coquille et feu parlant de langues de billes perdu de peur que jeu arrête gravité au coeur d'un bois de dé roulant de déferlante marée de hasard les jeux sont faits d'un peu beaucoup de poudre l'avance promise au désespoir l'absence la lutte litanie froide ouverture de l'oeil coque fendue sables mouvants grave note du haut portée devant deux yeux une bouche un nez des oreilles nombre grandit ne fait jamais cercle visage là même quand tout tombe

    terre molle et

    noeud de plus en

    plus coulant

    un corps s'approche d'un corps s'approche d'un corps jamais ne s'éloigne ne s'approche que d'ailleurs s'éloigne donc perspective problème de gravité peur de crime de homme chasse désir de sexe ouvert et lame tranchante la lune filée tissu morbide coulant de noeuds de sang de honte et l'air de l'homme gravité de nature sans foi pourtant tomber loi seule causant scène fondement à le monde

  • vers l'emportement ou l'emportement du vers (poésie et responsabilité formelle)

    questions génériques (encore) et avancée dans la forme

    Depuis quelques jours m'obsède la mention générique qui apparaîtra sur la couverture du livre de poèmes. Madame trouve que j'accorde une importance démesurée à ce qui lui semble un détail. Je ne crois pas. Les questions génériques me travaillent dans tous les sens — c'est un peu ce dont j'ai parlé dans le numéro 6 de la revue d'ici là. C'est une position, un choix. Quelque chose qui détermine ma posture, et ce que l'on appelle démarche. Être attentif à cela participe de ma responsabilité formelle.

  • surface, corde (raide) : écrire sur un mur

    Utiliser moins de mots permet de les écouter davantage.

    *

    Un poème est toujours déjà sur la poésie — rhétorique, d'une certaine manière : une «démonstration» ?

    Pour cela que le schème de base : «un poème : dire le problème du poème».

    *

    Je cherche ce que je trouve. Chercher au sens le plus constructiviste du terme.

    *

    Cette idée de surface : je n'avais pas senti jusqu'à hier à quel point elle est au centre du livre. Le mur, le mur à traverser, c'est aussi le mur sur lequel écrire — expression dont le double sens résume à merveille la tension. Écrire sur le mur, c'est écrire depuis : en parler, le faire parler. Mais écrire sur le mur, c'est aussi écrire dessus : inscrire sur le mur, graver sur le mur, tracer sur le mur ce qu'il y a à écrire — graffitis.

    Écrire sur le mur : ça veut dire sur le mur comme surface — je travaille à faire entrer cette idée de surface dans le début du livre de poèmes.

    La lier avec celle de gravité : un noyau de noir à creuser au coeur de chaque page.

    Tomber là.

    *

  • répétition de l'insensé

    soient, des questions  : de quoi parler ? avec quoi écrire ? depuis quoi faire des phrases ou des vers ? bla, bla, bla.

    *

    dire ce que je pense, te dire ce que je pense, dire ce que je pense (de tout, de rien, d'une chose, cette chose ou une autre chose), le dire à toi, à quelqu'un, à personne, penser ce que je dis, répéter penser ce que je dis, répéter ce qui (se) passe dans la langue, répéter et à force rassembler (retenir, écouter), écrire répéter donner corps à quelque chose qui sinon serait perdu, mettre des pensées par écrit, mettre de la pensée par écrit (est-il possible de mettre autre chose que de la pensée par écrit), répéter, faire des traces, inscrire, inscrire le geste de celui ou celle qui n'a rien, faire sens avec ce-qui-n'a-pas-de-sens.

    la répétition sert à cela, la répétition de l'insensé renverse la perte, la dépense.

    *

    (l'insensé se répète.)

    *

    pareil pour le simple  : compliquer les choses est une habitude tenace, on a de la difficulté à faire sens depuis le plus simple (répéter  : il faut traverser un mur pour dire les choses les plus simples, etc.)

  • notes sur la tempête (II) : un traité de physique

    écrire un traité de physique  : traiter du monde le plus élémentaire. il faut pour cela casser ce que les mots portent de représentation. je ne substitue rien à rien. quand je dis tempête, c'est d'ici qu'il s'agit. un mot est une chose. nul besoin d'abstraction pour penser l'action du poème. une chose est un mot  : ce n'est pas un mouvement d'idéalisation. un mot est un gouffre duquel on peut ne pas revenir.

    à la frontière où je m'absente, le monde commence à peine. ce n'est pas une scène devant laquelle des choses et des êtres s'agitent. c'est une fiction du sens où le rythme et le sujet dansent comme mille feux avant de s'éteindre dans la nuit la plus noire.

    je suis là où je ne suis pas.
     

  • le poème, le roman — questions génériques

    les questions génériques nous travaillent tous, nous travaillent tous différemment. même autour d'un seul texte  : le genre n'est pas la même question pour celui qui écrit et pour celui qui lit. celui qui lit se repère  : il cherche un rayon dans une librairie où il saura trouver tel titre, à même sa bibliothèque souvent classe les livres selon une logique plus ou moins générique, choisit même celui qu'il va ouvrir en fonction de ce qu'il a envie de lire, roman ou poème, ouvrage historique ou actualités du jour.

    ça n'agit pas nécessairement de manière prescriptive ; peut-être plutôt descriptive, je ne sais pas, mais sur un plan très pragmatique, la question du genre nous interpelle tous.

  • notes sur la tempête (I) : un lieu qui n'aura jamais lieu

    quand j'écris je ne vois rien. au fond du noir surgit une voix, une toute petite voix, plus noire encore. des cris — une image n'est pas toujours possible, ni souhaitable.

    il ne faut rien voir  : c'est la seule façon d'avancer, la seule façon de savoir que la langue est encore à faire. l'oeil seulement ouvert le temps de l'éclair  : quelque chose se rassemble, lentement se rassemble en un point, en un monde qui n'en finit plus de tomber. explositions — quelque chose quelque part franchit la limite de l'intolérable. là de l'autre côté de la vie, à l'endroit toujours différé de soi, l'espace se rassemble, implose — chercher un lieu qui n'aura jamais lieu.

    l'avancée dans le noir n'appelle aucune confiance. dans les éclats de lumière, refuser chaque fois de regarder son propre visage dans le miroir. de peur de le perdre, de peur de ne pas le reconnaître. de peur de ne pas vouloir le reconnaître. la nuit trace une ligne devant laquelle aucun sens n'est possible. puis, parfois, à bout de fatigue et de souffle — c'est le moment où l'on oublie de respirer —, le déferlement de ce qui n'a pas de nom.

    sentir l'ombre d'un cri que personne n'entendra jamais. et lui tendre son visage.

  • je ferme toutes les lumières et attends que le jour sombre davantage

    je ferme toutes les lumières et attends que le jour sombre davantage. au sol, au mur éclôt une étrange lune, le rire discret de qui se fait attendre. je marche un peu et la nuit vient, revient. peut-être était-elle déjà là, comme une paire de cuisses ouvertes sur le désastre du monde. je rassemble ce qu'il me faut d'espace pour respirer un peu. souffle. souffle et fracas. ces mots comme un mantra impossible à dépasser me viennent au bout de chaque grande lampée d'air. mais je ne me sens pas prêt à les dire ; je les range dans ma poche comme un trésor muet. pourtant ils remuent, ils remuent si bien que moi je ne remue pas. la tempête gronde encore et je ne fais que tendre l'oreille. arrive toujours l'écho de quelque chose qui n'aura pas lieu. j'écoute, je respire, je marche encore un peu. la nuit est fraîche au fond de ma bouche, le ciel encore noir d'oubli. savez-vous où vous êtes lorsque vous n'êtes plus ? oui, la tête perdue là, le corps incertain. la route n'est pas grand-chose à côté de ce qu'elle borde. et la présence n'est jamais qu'une possibilité de notre désenchantement.

  • attendre la nuit (notes sur la traversée)

    Ce qui précède n'est qu'une longue journée. J'attendais la nuit. J'attendais que vienne la nuit pour parler. Michel Surya écrit quelque part  : « La nuit ne vient pas à la bouche. C'est de la bouche que la nuit sort. » J'attendais pour ouvrir la bouche. J'étais seul. Et la nuit.

    On ne sait rien de la nuit lorsque le soleil frappe sur les têtes, les martèle comme des enclumes. Le souffle évolue différemment. Le fracas est impossible à nier. Un peu de monnaie au fond de la paume, c'est le moment d'ouvrir le vide, tout quitter. Traverser la nuit, la traverser vraiment, sans l'esquiver en glissant sur sa robe satinée, permet de marcher devant soi, de n'avoir rien à faire avec ce que l'on est. Le secret de la nuit, c'est ça  : être dans la nuit est impossible — ce n'est pas le contraire du possible  : c'est précisément la seule chose véritablement possible. Mais c'est pousser la vie au plus près de l'invivable, au plus près de ce qui la nie. Là seulement où plonger a un sens  : le coeur est une histoire de gravité.

    ce que l'on vit dans la nuit n'est pas être
    ce que l'on trouve au coeur de la nuit n'est pas l'être
    ce que l'on cherche dans la nuit n'est pas non plus le néant
    ce qui se passe là, ce qui est le secret des secrets, ce qui tord le monde, la toile sacrée de l'espace-temps ; c'est l'avant, l'indistinct

  • une allumette craque

    ça crie | ça remue quelque
    chose dans l’ombre de l’ombre

    quelque chose  : l’indistinct le jeu c’est la langue
    de ce qui se fait attendre un filet d’eau longe
    la cuisse la peur est là — ce qui l’excède
    aussi  : la voix gagne l’os